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 Le F-104, témoin de notre temps... et des Grecs

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jean-jacques PETIT
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Localisation : Saint Pierre du Mont, 40280 Landes

MessageSujet: Le F-104, témoin de notre temps... et des Grecs   Jeu 17 Déc - 19:16

Petit préambule pour re-préciser que ces petits historiques n'ont pour seul but que de se replacer dans le contexte de l'époque. Les profils ne sont consacrés qu'aux marquages des premières années d'utilisation de l'avion, "métal hurlant", dont les photos sont souvent absentes et sont là à titre indicatif pour les maquettistes!
Enfin, l'armée représentant le bras armé du gouvernement en place, la vie politique est indissociable d'une armée (de l'air) et explique bien souvent les effets des décisions prises en "haut lieu".

LA FORCE AÉRIENNE GRECQUE… et le Starfighter

Le programme…
La Force Aérienne Grecque a été mise sur pied, en 1912, par la France grâce aux premiers pilotes transformés sur Farman. Depuis, les avions militaires français ont été assez présents dans la HAF : Bloch 152, Mirage F1, Mirage 2000 etc.
Ayant adhéré à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord dans les années 50 pour contribuer à former le bouclier occidental contre une possible attaque soviétique, la Hellenic Air Force (désignation OTAN) avait reçu du matériel américain semblable à bien d’autres pays de l’organisation.
Au milieu des années 60, l’OTAN décida de moderniser la force aérienne grecque et remplacer les vieillissants F-86F et F-84F, les premiers chargés de la défense aérienne et les seconds chargés des missions tactiques. En effet, les forces aériennes de l’URSS intégraient depuis quelques temps les inquiétants MiG 21 et Sukhoi 7.
La relève était toute trouvée avec le F-104G et le chasseur tactique F-5A, ce qui permettait d’harmoniser le matériel aérien entre tous les pays membres. En Grèce, le gouvernement Caramanlis prenait fin en cette année 1963 et, en juillet, le gouvernement Papandreou lui succéda jusqu’en novembre 1963.
Peu auparavant, en septembre, le commandement OTAN annonça sa décision de former deux escadrons de F-104G au sein de la HAF, la première unité devant être opérationnelle au début 1964. Cette décision était le prolongement de la politique de modernisation militaire du système de surveillance et de défense aérienne formant la ceinture européenne entre l’Est et l’Ouest. Pour cette dernière cela comprenait un réseau de radars allant de la Norvège à la Turquie. Ce système de défense se composait de six ATAF, Allied Tactical Air forces.
La défense aérienne du sud de l’Europe comprenait deux ATAF : la 5ème (Italie, la Sardaigne & la Sicile) et la 6ème (Grèce & Turquie).
La Grèce, quant à elle, disposait (ou allait disposer après modernisation) de 11 stations radar relativement complètes (azimut, site, IFF etc.). Les stations radar étaient associées aux escadrons d’interception qui couvraient les zones allouées par l’OTAN. La HAF disposait à cette époque (ou allait disposer après modernisation) de 14 escadrons, la plupart sur du matériel obsolète comme les F-84F, F-86F et F-86D. Il était effectivement temps de dépoussiérer le bazar… Dans ce but, les premiers personnels pilotes et spécialistes, désignés sur ces nouveaux appareils, se rendirent aux USA y sui-vre les cours OTU & MTU F-104G (et F-5A pour les unités concernées).

Les unités désignées pour voler sur F-104G faisaient partie des 114 et 116ème escadres à Tanagra et Araxos respectivement, les deux volant alors sur F-86D. Chacune de ces escadres devait mettre en ligne un escadron de 15-18 F-104G et TF-104G : les 335 et 336 squadrons, respectivement. Le 335 squadron, créé à Aquir en Palestine le 10 octobre 1941, en faisait le plus vieil escadron de la Hellenic Air Force, le 336 squadron étant créé l’année suivante. Pour suivre ce programme, la HAF (désignation OTAN) devait recevoir au début de l’été 1963, les premiers d’un total de 38 monoplaces (dont les 62-2303, ’04, ’05 et ‘08), tous affectés au 335 squadron, ainsi que quelques biplaces. A la même épo-que, Demis Roussos avait juste créé son groupe The Aprhrodite Childs après avoir chanté, avec succès, « The house of the rising sun », qui sera repris peu après par Johnny Hallyday sous le titre « Le pénitencier ».
Le programme MAP attribua donc 45 F-104G (35 d’origine Canadair et 10 de Lockheed) auxquels s’ajoutèrent 6 biplaces TF-104G de Lockheed. Ces appareils étaient affectés au 335 Fighter Bomber Squadron. L’OTAN affecta cet escadron aux missions nucléaires tactiques au sein du 1st Tactical Air Force, mais cette mission disparaissait, au début des années 70, au profit de l’assaut conventionnel certainement en raison de l’instabilité de la région cause par les différents opposants Grecs et Turcs.
Au printemps 1964, la Grèce recevait donc, par bateau, un nouveau lot de 12 F-104G formant le noyau dur du 335è escadron, eux aussi construits par Canadair, complétant la dotation : le 335 squadron était alors déclaré opérationnel le 16 avril 1964. Les avions aux mains des premiers pilotes qualifiés, avaient participé au défilé de la fête nationale, sur Athènes, le  25 mars 1964. Ne faisant pas exception parmi les utilisateurs du Starfighter, le premier avion était perdu le 8 mai 1964 suite à une extinction moteur alors qu’il se trouvait en finale d’atterrissage sur la piste de Tanagra, base du 335 escadron, 114ème Escadre: il s’agissait du TF-104 s/n 62-12272. Les deux pilotes étaient tués, dont le Major Panagiotis Anagnostou, squadron leader du 335 et le moniteur pilote Major Petros Marinos. Ce dernier s’éjecta, trop bas et il était retrouvé toujours brêlé sur le siège, le parachute n’ayant pas eu le  temps de se déployer. Le Major Anagnostou était retrouvé dans l’avion, le siège n’ayant pas eu le temps de se mettre à feu.
Un autre jeune homme, américain d’origine grecque, venait d’atteindre la célébrité couronnée par un oscar du meilleur second rôle en 1962 avec le film « West side story », Georges Chakiris. Le 24 juillet 1964, sortait en salle un film d’aviation assez réussi « Mission 633 », relatant l’histoire d’un escadron de Mosquito dont la mission consistait à détruire une usine d’eau lourde en Norvège : Georges Chakiris en était une des vedettes.

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Le F-104G s/n 12723 s’écrasa au sol le 16 décembre 1966 après avoir survolé la ville de Lamias, vers midi : le capitaine Christos Papathanasiou (335 squadron) s’éjectait peu avant. L’avion est ici équipé dans la configuration standard défense aérienne avec une paire de SideWinder et les bidons aux extrémités d’ailes. Les Grecs ont longtemps fait voler leurs avions sans aucune marque d’escadron, ce qui les rendait peu attrayant… mais le but n’était pas d’avoir des avions de cirque !

Sorti en France le 17 décembre précédent, le film « Zorba le Grec » dont Anthony Quinn était la vedette masculine, commençait à avoir un succès remarquable alors que le second escadron percevait ses premiers F-104 en décembre 1964 et janvier 1965, toujours à Tanagra, afin de faciliter la trans-formation des personnels.
Les stagiaires du 336 se présentaient à Tanagra le 15 janvier 1965 pour y suivre l’OTU. À Araxos, le reliquat des pilotes du 336 squadron, en attente de transformation, continuait à voler sur les F-84F afin de ne pas dégrader le potentiel opérationnel de la HAF. En raison d’un vent de travers affichant 10-18 nœuds dans les rafales, le F-104G 63-12726/FG-726 (335 sqd) alors en finale sur la piste 28 (comme celle de Cambrai) le 19 juin 1965, montra sa sensibilité au vent de travers (en raison de sa queue en “T” et sortit de piste. Le F-104G se brisa et prit feu, le pilote perdant la vie dans l’accident.
En cette année 1965, la vie politique grecque se trouva à nouveau agitée par la démission du premier ministre Papandreou, obligeant un remaniement ministériel. Le 16 septembre 1965, le gouvernement Stephanopoulos prenait en mains les destinées du pays et le procès de l’Aspida (le fils de Papandreou, accusé de tentative de subversion des forces armées, se déroulait à la même époque. Ceci n’était pas fait pour rassurer le commandement de l’OTAN…
Un autre chanteur, avec moitié de sang grec, commençait sa carrière qui le conduisit vers le succès : Joe Dassin. Fruit des amours de Jules Dassin et de Melina Mercouri (qui finit députée au parlement grec), Joe signait son premier contrat le 26 décembre 1964 et enregistrait dans la foulée son premier super 45 tours qui comprenait la chanson « Je change un peu de vent » qui passa rapidement à la TV (une seule chaîne à l’époque) et sur les radios. Sans oublier, bien sûr, Nana Mouscouri, chanteuse grecque mais néanmoins internationale, légendaire.
Le beau temps sévissant sur cette région permettait de voler dans de bonnes conditions parmi le relief assez escarpé par endroits, évitant en cela les accidents non techniques de plomber les effectifs comme cela pouvait être le cas des pays opérant en zone plus tempérée.
Initialement perçus non peints, les Starfighters grecs reçurent un camouflage ‘Vietnam’ en 1971 après son adoption par les Américains au début du second semestre 1965 : le 63-12704 du 335 Squadron, n’était pas encore être camouflé lorsqu’il s’écrasa le 15 juillet 1965. Le Starfighter FG-704 avait été victime d’une rare panne de sortie asymétrique des volets alors qu’il survolait la piste à quelques mètres à l’issue d’une remise de gaz à l’issue d’un exercice d’approche manquée. Le volet droit resta baissé, amenant le F-104 à engager un tonneau qui lui était fatal.

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Le TF-104G 12275 est montré ici équipé pour l’entraînement au tir air-sol avec une paire de bombes de 500 livres standard et les inévitables bidons supplémentaires. Cet avion particulier était perdu le 22 août 1967, alors qu’il volait aux couleurs ( ?) de la 114ème Escadre de Tanagra, après avoir été victime d’un décrochage compresseur au décollage: les deux pilotes s’éjectèrent.

La vie politique grecque entre dans une zone de turbulences…

Le 20 février 1966, à nouveau, la vie politique grecque subissait un coup d’arrêt avec l’arrêt d’activité du gouvernement en place…
La flotte Starfighter effectuait ses heures sans faiblir mais, après avoir survolé Lamias vers midi, le 16 décembre 1966. le F-2104G s/n 63-12723/FG-723 s’écrasait au sol, obligeant le capitaine Papathanasiou à rentrer à pied. Cinq jours plus tard, le commandement grec affectait officiellement le 336 squadron au 116è Wing d’Araxos avec ses F-104. Le 335 squadron allait rejoindre le 336 une dizaine d’années plus tard, le 30 juin 1977.
En décembre 1966, le gouvernement Paraskevopoulos prenait les rênes du pouvoir… qu’il allait abandonner en mars 1967: la stabilité politique ne semblait pas à l’ordre du jour, en ces temps-là !
Avril 1967 : le premier ministre Canellopoulos formait le nouveau gouvernement, espérant, lui aussi, faire mieux que le précédent. Mais, certainement lassée de ce jeu de chaises musicales, l’armée prend le pouvoir le 21 avril 1967, plaçant aux commandes Nikolas Makarezos, Papadopoulos, Patakos. Plusieurs milliers de dissidents étaient alors exilés dans l’île de Yaros. Lorsque la dictature des colonels se met en place en Grèce, de nombreux opposants Grecs se réfugient à Chypre.
De son côté, la flotte F-104 poursuivait son activité aussi imperturbablement que possible mais, suite à un décrochage compresseur au décollage de Tanagra, le TF-104G matricule 62-12275 (335 sqd) s’écrasait au sol le 22 août 1967, laissant toutefois le temps à l’équipage de s’éjecter. Quelques mois plus tard, le roi de Grèce tentait un coup d’état pour reprendre sa place mais il échoua et s’exila à Rome en décembre 1967. Le 14 décembre 1967 : Papadopoulos devenait Premier Ministre et le général Zoitakis, régent du Royaume. Il semblait que les choses entraient dans l’ordre, enfin. En effet, depuis quelques années, des nationalistes grecs poussaient pour « libérer » la Grèce et imposer un pays avec une population de culture grecque. La population de culture turque représentait moins du quart mais ne désirait pas de changement aussi radical et le montra de manière musclée dès 1964 avec un pic de violence en 1967, laissant des morts des côtés. Le gouvernement du président Makarios disposait pourtant de représentants de toutes les cultures.
Mais revenons aux Starfighters : l’attrition concernant les F-104 de la HAF se maintenait dans une fourchette « acceptable », en comparaison aux autres pays utilisateurs, ce qui n’empêcha pas le F-104G s/n 63-12714 (335 Squadron) de s’écraser sur le champ de tir de Marathon, avec son pilote, le 18 janvier 1968, certainement en raison de ricochets. L’année politique était marquée par le référendum concernant la nouvelle constitution, laquelle remportait 91,87% de voix favorables et elle se ter-minait, le 1 novembre 1968, par le décès de Papandreou, qui avait marqué la vie politique grecque.
En 1969, l’armée de l’Air grecque voyait deux autres avions perdus : alors qu’un  F-104G non identifié était signalé accidenté en février 1969, le TF-104G n° 61-3025 était détruit en mars (116ème Escadre, les deux pilotes s’étant éjectés), tout comme le 61-12309, le 8 mai 1969, à Patraikos Kolpos dans le Golfe de Patras : une perte d’ailettes compresseur non loin du terrain d’Araxos donna au pilote le temps de s’éjecter. Enfin, le 27 novembre 1969, le F-104S prototype "2624" (61-2624/FG-624, 336 Squadron) s’écrasait au sol près du village de Krinos Achaias pour une raison inconnue, le pilote perdant la vie dans l’accident.
Le gouvernement grec décida de quitter le conseil de l’Europe, le 12 décembre 1969, pour prévenir son exclusion imminente. La situation politique –et le reste- commençait à lasser.

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Le Starfighter 12624 (335 squadron) et montré ici en configuration air-sol avec le conteneur ventral standard et les lance-roquettes LAU-51 en pendulaires… sans oublier les sempiternels bidons d’ailes. Toujours pas de marques d’unité !

La vie politique, toujours agitée en Grèce …

Au 10 avril 1971, les geôles grecques ne comptaient plus que 450 prisonniers politiques. Ce dont n’avaient cure les F-104 qui poursuivaient leur vie au sein de l’OTAN, tant bien que mal. Un nouveau décrochage compresseur était à l’origine de l’écrasement du 61-2609, du 335 sqd de Tanagra, le 5 juillet 1971 en milieu de journée. Le pilote s’éjecta au-dessus de Velestino Volos.
Le 1 janvier 1972, la loi martiale en Grèce était levée excepté à Athènes, au Pirée et à Salonique. Le 21 mars 1972, Papadopoulos démettait le général Zoitakis et assura les fonctions de régent du royaume. Au niveau aéronautique, plusieurs mois sans accidents notables allaient suivre et, en juin 1972, un lot de 9 F-104G et un TF-104G, anciens de l’Ejercito del Aire, était reçu au travers du programme MAP. Ce même mois, le 335 squadron de Tanagra participait au Tiger’s Meet du 13 au 16 juin, à Cambrai, faisant désormais partie de la « communauté Tigre », dès cette année. Les avions présents étaient les 62-2302 (FG-302) et 63-2721 (FG-721), tous deux camouflés selon le schéma américain type « Vietnam » entré en vigueur dans la HAF dès 1971. Adoptant également la mode de décorations « sobres » de l’USAF de l’époque, les Starfighter grecs n’étaient que rarement personnalisés dans les unités. Seul, le « Tiger’s Meet » annuel, auquel le 335 adhéra en 1972, amenait quelques couleurs avec les décalcomanies et tags créés pour l’occasion. Les maquettistes et photographes en étaient pour leurs frais…
Il était dit, à l’époque, que la capacité financière grecque ne permettait pas d’envoyer les mécaniciens avec les avions. Aussi, par arrangement « communautaire tigresque » tacite, les mécanos français se chargèrent de la remise en œuvre des avions. Entre frères d’armes…
Le 31 juillet 1972, le TF-104G matricule 62-12273 (336 squadron), s’écrasait au sol pendant un en-traînement à la voltige, suite à un probable pitchup : les deux pilotes perdaient la vie dans le crash à Bambes Makrisiοn, non loin de Krestena Ilias.
Sept mois plus tard, victime d’une fuite d’huile qui engendra le serrage moteur du F-104G n° 62-12321, l’avion tomba en mer le 15 janvier 1973, à une poignée de kilomètres est de Rafina. Le pilote eut le temps de s’éjecter correctement.
Se standardisant définitivement sur F-104G, la HAF recevait alors un complément d’avions, au début des années 70, de la part d’autres pays comme l’Espagne afin de combler les pertes dûes à l’attrition qui touchait également la HAF. Les 9 F-104G espagnols étaient versés au 335 « Tiger’ squadron » d’Araxos.
L’année 1973 débuta le 26 janvier par une agitation sociale, dont les étudiants étaient le moteur et ces derniers remirent le couvert le 6 mars 1973. Deux avions étaient perdus cette année-là. Le 4 mai, le 62-12302, du 335 squadron voyait de la fumée qui envahissait la cabine : le pilote jugea préférable de s’éjecter.
La vie politique continuait à être agitée et, le  23 mai 1973, une  tentative de complot militaire était dé-jouée. Le 1er juin,  le roi était déchu et la république proclamée. Le 3 juillet suivant, l’ancien ministre des affaires étrangères, Averoff, était arrêté. Le 22, Papadopoulos se voyait élu président de la république par référendum (78,4% de oui). Quelques semaines plus tard, le 19 août, le nouveau président prêtait serment. Suite à cela, une amnistie pour les faits précédents était déclarée et la loi martiale, levée. Le 6 octobre 1973 : gouvernement civil était mis en place. On aurait pu croire que le quotidien des Grecs allait enfin connaître la quiétude mais les étudiants généraient des troubles dès le 1er novembre, le 17 la loi martiale entrait en vigueur, les émeutes généraient de nombreux morts. Le 25 novembre suivant, le général Phaedon Ghizikis prenait le pouvoir lors d’un coup d’état et le premier ministre Adamatios Androutsolpoulos abolissait la constitution.
Non loin de la Grèce, l’île de Chypre, indépendante depuis 1960, également membre de l’ONU et du Commonwealth britannique. Le Royaume-Uni, la Turquie et la Grèce étaient les États garants de l'équilibre constitutionnel de cette nouvelle république. Le traité de garantie, en particulier, accordait un droit d'intervention militaire à ces trois puissances garantes, sous certaines conditions, pour rétablir l'ordre constitutionnel si celui-ci venait à être en danger.

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Le TF-104G s/n 12273 (336 squadron) est vu ici en entraînement Défense Aérienne avec les bidons supplémentaires de 790 litres en points internes et les Sidewinders en extrémités d’ailes. Ces derniers pouvaient aussi être positionnés en points internes, les bidons (1150 litres) passant alors aux extrémités d’ailes.

La guerre de Chypre, la Grèce change encore de gouvernement…

En conséquence de la dictature des colonels qui s’installait en Grèce, de nombreux opposants politiques se réfugiaient à Chypre. Les Grecs, ne se sentant pas soutenus, quittaient alors l’OTAN amenant les USA à placer un embargo sur les livraisons d’armes en Grèce… tout en s’autorisant à pour-suivre les livraisons de Phantom et autres : l’argent n’a pas d’odeur, la politique non plus, car la Grèce faisait toujours partie du rempart occidental face à l’URSS. Les Turcs, profitant du flottement politique grec, prenaient position au nord de Chypre (revendiqué depuis toujours) au début de l’été 1974.
Le lundi 15  juillet 1974 en début de matinée, appuyé par le groupe armé de l'EOKA B (qui souhaitait réaliser l'Enosis, c'est-à-dire l'unification de Chypre à la Grèce). la garde nationale dirigée par des officiers grecs initiait un coup d’État contre le président chypriote, l'archevêque Makarios,Le 20 juillet, la Turquie lançait l'opération militaire Attila, prétextant la protection des intérêts de la communauté tur-que de l'île et le rétablissement de l'ordre constitutionnel tel qu'il résultait du traité de garantie de 1960. Les troupes occupèrent le Nord de l'île en deux jours. L’armée grecque refusait alors  de surenchérir, provoquant la chute de la dictature militaire. La république chypriote restaurée, la Turquie refusa de céder le terrain et imposa la scission de pays, la « ligne verte » (appelée aussi « ligne Attila » par les Turcs) marquant la zone turque au nord et la zone grecque au sud. Il s’ensuivit un mouvement de population entre le nord et le sud afin que chacun s’installe dans la zone choisie. Au début de l’hiver 1974, le Starfighter matricule 63-12705, (aucune date certifiée concernant cet accident) s’écrasait à 19h10 lors d’une mission nocturne, suite à une probable panne mécanique. Le F-104G tomba en mer à une dizaine de miles nautiques au S-O de l’île de Zakynthos. Le pilote s’éjecta mais n’était repêché que trois heures plus tard par le ferry ''Proteus'', provenant du port de Zakynthos. Cet accident était suivi par celui du 62-12319, le 12 novembre 1974, le pilote s’éjectant de l’avion.
Le coup d’état du 25 novembre 1974 mit en place un gouvernement militaire, exilant le roi Constantin,
Les de pourparlers à Vienne (Autriche) se soldèrent, le 13 février 1975, par la création de l'« État fédéré turc de Chypre », reconnu uniquement par la Turquie.
L’année 1975 se déroula sans anicroche notable et quelques semaines après le début de la nouvelle année 1976, le F-104G n° 63-12697/FG-697, du 336 squadron s’écrasait le 24 février 1976, dans le circuit d’aérodrome d’Araxos, tuant le pilote lors de son éjection, trop basse et non « conventionnelle ». L’avion a probablement été victime d’une sortie asymétrique des volets… ou d’une panne de l’air soufflé sur ces derniers.
Une information signalait également la perte d’un 13ème TF-104G perdu depuis 1964 puis, près d’une année passa sans incident jusqu’au 28 avril 1977, le 63-12721 était rayé des comptes du 335 squadron et de la HAF. Il s’écrasa dans la région de Thivas, tuant son pilote.
La RFA, en raison de liens établis avec la Grèce et avec l’aval de l’OTAN, transférait régulièrement des F-104 retirés du service soit dans la Luftwaffe, soit dans la Marineflieger, portant ainsi le total de ces transferts à 22 RF-104G, 38 F-104G et 20 TF-104G. Par exemple, deux TF-104G allemands étaient intégrés dans la HAF en 1977, toujours pour maintenir le quota OTAN de 18 avions en ligne.  Tous ces avions ne volèrent pas car certains étaient destinés à la cannibalisation pour maintenir la flotte en état de vol.
Toujours en 1977, la gouvernance de la Grèce se voyait à nouveau remise en question car les militaires étaient chassés du pouvoir. Les américains proposaient alors une pluie de dollars d’aides diverses à la Grèce à condition de leur soutien à l’OTAN, d’une part et de la mise à disposition d’installations grecques aux USA d’autre part.
Le pipe-line F-104 se remettait à l’ouvrage à nouveau. Sans oublier que l’industrie aérospatiale grec-que, relativement compétente, se chargeait de mettre à niveau le parc aérien grec, fort de plus d’une vingtaine de types d’avions et hélicoptères.

Le 25 janvier 1978, le pilote du F-104G s/n 63-12727/FG-727, ancien avion espagnol,  eut la chance de s’éjecter avant l’écrasement de l’avion : le vol dans la crasse perturbait son oreille interne, lui faisant perdre « les sens ». le pilote se voyait alors contraint de prendre la décision de quitter son avion qui fonctionnait pourtant bien. Le 21 novembre 1978, en retour de mission de tir nocturne sur le champ de tir de Paleochori Ilias, à quatre avions, le pilote du F-104G n° 63-12711/FG-711 (336 squadron) s’écrasait en mer au large de l’île de Kyllinis (entre le Péloponnèse et l’île de Zakynthos) avec son Starfighter: on ne le retrouva pas.

Puis l’année 78 se poursuivit sans que les vols ne soient plombés par un accident grave. Mais le 22 Janvier 1979, le 336 squadron perdait le F-104G 62-12318 et son pilote, s’écrasant contre une colline de Prophet Elias, dans la région de Mpozaitika Patras, à un jet de pierre du centre-ville de Patra. Le pilote rentrait d’un entraînement VSV et comptait impressionner sa copine en effectuant une voltige au-dessus de chez elle : il n’était pas assez aguerri pour ce genre de manœuvre sur F-104 et perdit rapidement le contrôle de l’avion alors qu’il se trouvait très bas. Ça n’était pas le premier… ni le der-nier.
En avril 1979, le 335 Tiger sqd effectuait un échange escadron à Kleine Brogel (Belgique) et produisait deux nouveaux TF-104G (FG-3044 et FG-5909, ex- Luftwaffe) qui avaient échappés aux notes des spotters de l’époque, témoins des connexions permanentes entre les pays de l’OTAN. Deux autres anciens allemands prenaient le chemin de la Grèce l’année suivante… L’année se déroulait en-suite, mais 1980 débuta sous de mauvais auspices : le 15 janvier 1980, le 336 squadron perdait le F-104G s/n 64-17780. L’avion s’écrasa à Arta avec son pilote lors d’un exercice de combat avec un F-4E. Il sembla que le pilote ne sorti pas les volets préconisés et décrocha. Le 15 avril suivant, le 335 squadron perdait le TF-104G c/n 5909/TFG-5909, ancien de la Luftwaffe. Ce dernier tomba en mer dans le secteur de Zakynthos, les deux pilotes étaient portés disparus… La KLU transférait 10 Lockheed-Fiat F-104G à la Grèce au début de l’été 1982 afin de garder l’ordre de bataille NATO selon les effectifs prévus.

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Le Lockheed-Fiat RF-104G 6693 (335 squadron) est un ancien de la Marinefliegergeshwader 2, cédé le 26 avril 1988. Entièrement repeint aux couleurs « Vietnam », il porte le matricule allemand sur la queue et le fuselage. L’avion est ici équipé des quatre réservoirs pour lui donner un maximum d’autonomie en mission de reconnaissance tactique. L’honnêteté m’oblige à signaler que le peu de photos de RF-104G disponibles m’a amené à réaliser ce profil d’après informations… écrites !


Chypre refait parler d’elle…

La République turque de Chypre du Nord naissait en 1983, l'ONU désapprouvant officiellement cette occupation dans sa résolution 541 du 18 novembre 1983. L'UNFICYP (force onusienne de Chypre) prenait le contrôle de la ligne verte pour faire respecter le cessez-le-feu. De nombreux Chypriotes grecs et turcs, chassés de leurs terres, s'exilaient en Grande-Bretagne.
La République turque de Chypre du Nord s’affaiblissait de jour en jour en raison de l'embargo international, tandis que la Turquie colonisait la partie nord de Chypre, bien sûr condamnée par l'ONU par forces résolutions,  sans freiner d’aucune manière le mouvement !
Fin mars 1984, le 335 sqd d’Araxos était embringué dans un échange escadron avec le 312 squadron hollandais de Volkel. Les Grecs, en transit à Grosseto (Italie), se trouvèrent retardés en raison d’un très fort vent de travers sur ce terrain. Connaissant la sensibilité du Starfighter au vent de travers, les Grecs ne voulurent pas tenter le diable pour cette mission qui n’avait rien d’urgence opérationnelle et patientèrent une journée chez les Italiens, n’arrivant en Hollande que le 30 mars avec les FG-314 et FG-734. Le biplace TF-733 rejoignait le lendemain, n’ayant pas réussi à convaincre son compère en panne de l’accompagner : ce dernier, toujours en panne, resta à Grosseto (s/n ?). Une fois les festivités terminées, tous rentrèrent le 4 avril…
Le TF-104G matricule 61-3046/TF-717, était accidenté lors du roulage le 16 juillet 1985, les deux pilotes s’en sortant sans mal. Le lendemain 17 juillet, le TF-104G s/n 61-3065/TF-5736 prenait feu en vol et s’écrasait en mer, les deux pilotes avaient eu le temps de s’éjecter et de prendre un bain à 9-10 kilomètres au large d’Ithaca.
. Nouvel accident le 16 octobre 1985: le F-104G (336 squadron) s’écrasa entre les agglomérations de Roviata et Savalia Ilias lors d’une mission tir air-sol près d’Araxos. L’avion, venant d’Andravida prit le cap en mer vers Kyllinis afin de s’éjecter avec succès. L’expertise montra qu’une petite goupille de sécurité avait été ingérée par le moteur, détruisant les pales de compresseur au passage : l’avion prit feu avant de subir quelques explosions internes. Le pilote voulu monter vers 100-150 mètres pour rejoin-dre la base mais les contrôleur optèrent pour une éjection au-dessus de la patouille.
Une année d’accalmie s’ensuivit puis la série reprenait le 27 janvier 1987 lorsque le 63-12719 était dé-truit à Agia Maur, près de Gastounis Ilias : le pilote put s’éjecter. Cet accident était suivi du TF-104G 62-12267, qui s’écrasait à Messinia, près de Meligala, le 16 mars 1987. Les deux pilotes purent s’éjecter et, pour l’un d’eux, il s’agissait-là de la deuxième éjection ! Quelques mois plus tard, à l’automne, le F-104G matricule 62-12308/FG-308 (335 squadron) se trouvait en mission de navigation basse-altitude lorsqu’il percuta la montagne Ossa (Kissavos) avec son pilote aux commandes.
En décembre 1987, le 335 "Tiger" Mira (escadron) recevait 10 RF-104G, transférés par la RFA, lui permettant de former une escadrille "Photo-reconnaissance". Un an plus tard, le premier RF-104G était perdu : en septembre 1988, le 6679/FG-6679 se présentait à l’atterrissage… train rentré, sur les bidons ! Ce posé intervenait au dernier jour de l’exercice Parmenion, se déroulant sur la base de La-rissa alors que l’avion rentrait à sa base: le pilote, blessé, était pris en charge par le docteur et les infirmiers du « premier secours ». Durant l’examen médical, on découvrit une tumeur au cerveau, ce qui occasionna certainement une gêne lors de la finale. Le pilote décéda quelques mois plus tard d’un cancer.
En décembre 1987, la Luftwaffe/Bundesmarine transférait 10 RF-104G à la Grèce, ceux-ci étant intégrés au 335 squadron qui créa alors une escadrille de reconnaissance tactique. Les F-104 étaient retirés en 1992, passant la main au LTV A-7H Corsair II, une autre ère s’ouvrait alors.

La fin des F-104…

Finalement, le dernier accident enregistré par la HAF concernait le 63-12725 qui s’écrasa le 25 mai 1989 près de Koroni Messinia après s’être trouvé à court carburant. Ne voulant pas courir de risques inutiles, le pilote s’éjecta. Enfin, le 8 juin 1989, le F-104G 7094/FG-7094 voyait son train se rétracter à l’atterrissage à Araxos, l’avion sortant de piste dans la glissade qui s’ensuivit, le pilote s’extrayant rapidement de la cabine en fin de course.
Le 11 septembre 1989, le F-104G c/n 7420/7420 s’écrasa à l’issue d’un vol d’essai et réception réali-sé à l’EAB (centre industriel Hellénique): en panne carburant, il termina dans un marais près du mess du 116 CW. Le pilote sortit de l’avion en pataugeant, content se s’en tirer à si bon compte !
A nouveau lors de l’atterrissage, le F-104G c/n 7153/FG-153 voyait la roulette de nez se rétracter le 23 avril 1991 et l’avion sortait de piste, sur le nez. Lorsqu’il s’arrêta, le pilote sortit de l’avion comme un diable.
Une information non confirmée fait état d’un accident survenu le 23 avril 1991 (sic) notant le F-104G s/n 62-12305/FG-305 détruit, tout comme le F-104G s/n 63-12705/FG-705 avec son pilote à une date après 1974. Cet appareil se serait écrasé lors d’un vol de nuit vers 19h10. Il aurait disparu à une dizaine de dizaine de miles nautiques au S-O de l’île de Zakynthos island. Le pilote s’éjecta mais n’était découvert et récupéré trois heures plus tard par le ferry ''Proteus'' parti du port de Zakynthos. Une source fait état du F-104G s/n 63-12729/FG-729.

Un F-104G non identifié, du 336 squadron, s’écrasa le 23 juin 1992 sur le champ de tir de Kranea, près de Larissa et le pilote évacua son avion. Celui-ci sembla avoir été victime d’un décrochage compresseur lors d’une passe de tir bombes. Contrairement à ce qui a pu être parfois annoncé, il ne s’agissait pas du F-104G n°6678.
Le 335ème Escadron d’interception (Mira Anachaitisis) cessait ses activités en mai 1992 Le 3 septembre 1992 une patrouille de trois F-104G (336 squadron) croisa la route de deux F-4E venant de décoller d’Andravida. Surpris, le leader des F-104 ordonna l’éjection voyant l’inévitable abordage en vol près d’Itenos. Les deux pilotes s’éjectèrent des n°7082/FG-082 / RF-104G n° 6664/FG-6664 et prirent contact avec le sol sans autre problèmes, les deux F-104 s’abordant effectivement pendant que les Phantom évitaient eux-mêmes la collision.
Alors que la HAF se modernisait de manière inexorable (A-7, F-4, F-16…), le 336 squadron restait la seule unité volant sur F-104, toujours intégré au 116 Wing d’Araxos. Mais l’heure fatidique approchait et le 336ème  "Olympus" escadron (Mira Diokseos Bombardismou) cessait ses vols F-104 le 31 mars 1993, cette date représentant également la fin de service officielle du F-104G Starfighter dans la HAF.
Les F-104G cédèrent la place aux F-16 qui inondaient la planète, à leur tour.

Le bilan de l’activité des Starfighter au sein de la Force Aérienne Grecque montrait que 54 F-104G et 7 TF-104G avaient été initialement livrés de la part de l’OTAN, dont cinq provenaient des USA, complétés par 2 TF-104G, ces derniers dans le troisième lot de livraison.
La Grèce utilisa donc près de 155 F-104 depuis 1964, ceux-ci dévolus à la mission tactique, la flotte se présentant de la manière suivante : F-104G: 103, RF-104G: 17, TF-104G: 30. Un certain nombre livrés par les pays de l’OTAN ne servit que de magasins de rechanges…
Merci à ma doc ainsi que le site [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]


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Hamster Volant
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MessageSujet: Re: Le F-104, témoin de notre temps... et des Grecs   Ven 18 Déc - 21:00

La Grèce et son histoire tumultueuse de l'antiquité à nos jours...

Merci JJ pour cette page d'histoire aéronautico-héllenistico-OTANesque.
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jean-jacques PETIT
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MessageSujet: Re: Le F-104, témoin de notre temps... et des Grecs   Sam 19 Déc - 21:52

Je n'étais pas parti sur la politique à l'origine mais les ennuis que traversent la Grèce aujourd'hui m'ont conduits à éclairer l'affaire sous cet angle.
D'autant que l'on occulte souvent que les militaires dépendent du politique... même quand ils sont au pouvoir. Là, c'était une bonne occasion qui devrait de renouveler lorsque je traiterai la Turquie. Mais le prochain chapitre F-104 concernera un pays plus calme: la Hollande.
Et il y aura plus d'insignes sur les avions... bounce
Vive le F-104!
JJ


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MessageSujet: Re: Le F-104, témoin de notre temps... et des Grecs   

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Le F-104, témoin de notre temps... et des Grecs
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